Dossiers « comment ça marche »

Boîtes noires : ce qu'enregistrent vraiment les enregistreurs de vol

Après un accident, leur récupération est une priorité. Que contiennent les « boîtes noires », comment résistent-elles aux chocs et au feu, et comment le BEA en extrait-il les données ? Explications.

Par Rédaction··3 min de lecture

Image : Illustration aeronautique.com — Tous droits réservés

Après chaque accident aérien, une question revient : a-t-on retrouvé les « boîtes noires » ? Derrière ce surnom se cachent les enregistreurs de vol, des équipements obligatoires sur les avions de transport public, les avions d'affaires et les gros hélicoptères. Contrairement à ce que leur nom suggère, ils sont peints en orange vif pour être repérés plus facilement dans une épave. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile (BEA) en explique le fonctionnement.

Deux enregistreurs, deux missions

On distingue deux types d'enregistreurs :

  • le CVR (Cockpit Voice Recorder) enregistre l'environnement sonore du poste de pilotage : conversations de l'équipage, échanges radio avec le contrôle, alarmes et bruits. Selon le BEA, il conserve au moins les deux dernières heures, et la plupart des avions de transport seront bientôt équipés de CVR d'une capacité d'au moins 25 heures. Le BEA indique qu'un CVR comporte quatre pistes audio ;
  • le FDR (Flight Data Recorder) enregistre les paramètres du vol : vitesse, altitude, régime des moteurs, état du pilote automatique, position des gouvernes, etc. Il couvre plus de 25 heures de vol, avec, selon les appareils, de quelques dizaines à plusieurs milliers de paramètres enregistrés chaque seconde.

Il existe aussi des enregistreurs combinés, les CVFDR, qui réunissent les deux fonctions et enregistrent également les échanges entre cockpit et cabine ainsi que les messages de contrôle transmis par liaison de données. Sur les avions récents, on trouve de plus en plus souvent deux enregistreurs combinés, l'un sous le cockpit, l'autre dans la queue.

Conçus pour survivre

La partie qui contient les données est logée dans un module protégé, conçu pour résister à des conditions extrêmes. Le BEA cite les exigences suivantes :

  • un choc de plus de 3 400 g ;
  • un feu à 1 100 °C pendant une heure, ou à 260 °C pendant dix heures ;
  • une immersion de 30 jours à 6 000 mètres de profondeur.

Le BEA souligne que les boîtiers sont souvent très endommagés à l'extérieur, mais que la perte totale ou partielle des données reste extrêmement rare. La technologie a évolué : les bandes magnétiques ont laissé place à des mémoires électroniques, plus compactes et capables de stocker davantage.

Retrouver un enregistreur sous l'eau

Lorsqu'un avion tombe en mer, une balise de localisation sous-marine fixée au module protégé se déclenche automatiquement au contact de l'eau. D'après le BEA, elle émet un signal chaque seconde pendant 90 jours, détectable en moyenne à environ 4 kilomètres avec des récepteurs sonar spécialisés. Les règles internationales prévoient désormais aussi, pour les avions effectuant des vols transocéaniques, une balise acoustique distincte fixée au fuselage, afin de localiser plus rapidement l'épave.

Comment le BEA lit les données

Le laboratoire « Enregistreurs de vol et systèmes avioniques » du BEA peut lire tous les types d'enregistreurs utilisés par les compagnies françaises et installés sur les avions de conception française. La méthode dépend de l'état de l'équipement :

  • si l'enregistreur est intact, il est branché sur des bancs de lecture dédiés ;
  • si le boîtier est endommagé, les enquêteurs ouvrent le module protégé pour en extraire le support de données ;
  • dans les cas les plus graves, la carte mémoire est réparée ou chaque puce est dessoudée et lue individuellement, puis le fichier brut est reconstitué et décompressé.

Vient ensuite l'analyse. Des spécialistes de l'acoustique transcrivent les conversations, identifient les bruits et alarmes par analyse spectrale et les datent. D'autres exploitent les paramètres de vol sous forme de courbes ou d'animations en trois dimensions. Croisées avec les constatations sur le site, les données de la compagnie et celles du contrôle aérien, ces informations donnent une vision d'ensemble du déroulement de l'événement.

Un outil de prévention

Les enregistreurs ne servent pas à désigner des coupables : l'enquête de sécurité vise à comprendre et à éviter qu'un accident se reproduise. Leurs données nourrissent les recommandations de sécurité adressées aux autorités, aux constructeurs et aux exploitants.

À retenir

  • Les « boîtes noires » sont en réalité orange et regroupent un enregistreur de voix (CVR) et un enregistreur de paramètres (FDR).
  • Le module protégé résiste à 3 400 g, à 1 100 °C pendant une heure et à 30 jours à 6 000 mètres de fond.
  • Une balise sous-marine émet pendant 90 jours pour aider à les retrouver.
  • Le BEA peut récupérer les données même sur des enregistreurs gravement endommagés.

Sources

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